Gunnar le Vampire

1910, quelque part en Bourgogne, tout le monde s’affaire dans l’atelier de couture de M. Gunnar. Outre ses incontestables qualitĂ©s de maĂźtre d’ouvrage, Gunnar n’est pas un quidam comme les autres, et ça, tout le village le sait bien. C’est aussi une crĂ©ature hybride dont les contes et lĂ©gendes murmurent les sanglants mĂ©faits depuis la nuit des temps : un vampire !
Il y a des auteurs qui racontent des histoires. Et puis il y a ceux qui bĂątissent des mondes.
Nicolas Dumontheuil appartient à cette seconde catégorie.
Avec Gunnar le vampire, il ne ressuscite pas une vieille légende gothique : il lui injecte du sang neuf.
Oubliez les vampires Ă©lĂ©gants, les canines de pacotille et les romances Ă©ternelles. Gunnar est un Ă©tranger. Un ĂȘtre Ă part qui traverse les Ă©poques comme un fantĂŽme et renvoie les hommes Ă leurs propres monstruositĂ©s. Car, chez Dumontheuil, le vrai danger n’a jamais eu de crocs. Il porte des certitudes, des prĂ©jugĂ©s et une peur maladive de celui qui dĂ©range.
Un livre qui ne cherche pas Ă plaire Ă tout le monde. Et c’est prĂ©cisĂ©ment pour cela qu’il mĂ©rite d’ĂȘtre lu.
Le pari est audacieux : plus de 270 pages, un rythme qui prend son temps, des personnages qui respirent, un rĂ©cit qui prĂ©fĂšre l’Ă©paisseur Ă l’efficacitĂ© immĂ©diate.
Ă l’heure oĂč tant de bandes dessinĂ©es se consomment Ă toute vitesse, Gunnar le vampire revendique le droit de s’installer, de surprendre, de bifurquer.
Et quel dessin ! Dumontheuil possĂšde un trait qu’on reconnaĂźt au premier coup d’Ćil.
Rugueux, vivant, nerveux, parfois presque sauvage, il refuse la joliesse pour viser juste.
Chaque case semble vibrer, chaque visage raconte une histoire avant mĂȘme que les personnages ouvrent la bouche.
On pense parfois Ă Qui a tuĂ© l’idiot ?, ce classique qui l’a rĂ©vĂ©lĂ©. Mais Gunnar le vampire va plus loin. Plus ample, plus libre, plus mĂ©lancolique aussi. Comme si l’auteur, aprĂšs des annĂ©es de carriĂšre, n’avait plus rien Ă prouver et pouvait simplement raconter l’histoire qui lui tenait le plus Ă cĆur.
Dans un paysage éditorial souvent formaté, Dumontheuil continue de suivre son propre chemin.
Tant mieux. Des albums comme celui-ci rappellent que la bande dessinĂ©e peut encore ĂȘtre un territoire d’aventure, d’invention et de libertĂ©.
Un livre qui ne cherche pas Ă plaire Ă tout le monde. Et c’est prĂ©cisĂ©ment pour cela qu’il mĂ©rite d’ĂȘtre lu.
A lire si vous aimez le style
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